La foire aux sondages

1er tour de la présidentielle 2002 : faillite des sondages

Un fort vent médiatique souffle en vue de la future consultation européenne du 29 mai 2019. Il s’agit d’inciter les citoyens à aller aux urnes en raison d’une abstention considérable, et il s’agit aussi de les orienter. La révolte des Gilets jaunes rend plus impérieuse cette nécessité de faire diversion.

Comme d’habitude, ce vent est alimenté par des sondages réguliers. Ces 2 derniers mois, on en compte 6 ! Ils génèrent quantité d’articles de presse, média TV relayés sur les réseaux sociaux. Ces publications se focalisent sur le classement des partis en lice mais ne reflètent pas toujours les études qui sont elles mêmes biaisées, comme on le verra ci dessous.

Ces derniers sondages ont été réalisés par ODOXA, IFOP, ELABE, IPSOS, BVA, HARRIS. Ils ont été validés par la commission officielle des sondages du Palais royal.

  • Ils sont tous réalisés via internet ce qui introduit un biais significatif, car des catégories sociales sont largement absentes des réponses à un sondage par Internet. A l’inverse, les enseignants et membres de professions libérales, les retraités sont sur-représentés.
  • Les résultats bruts sont redressés sur des critères socio-démographiques, et parfois sur des votes antérieurs. Les résultats bruts ne sont pas publiés, ce qui ne permet pas les comparaisons, et les méthodes de calcul ne sont pas divulguées, au motif du secret commercial, ce qui les rend invérifiables. Tout cela est opaque.
  • Un mystère plane sur la participation. IFOP et HARRIS n’indiquent pas le niveau de participation, (HARRIS remplace l’indicateur de participation par un indicateur d’intérêt !) tandis que d’autres donnent un chiffre allant du simple au double :  30% chez ELABE, 60 % chez ODOXA. Voilà un étonnant flou pour la catégorie d’électeurs la plus importante (58% d’abstentionnistes en 2014). Au niveau des relais médiatiques, l’information disparaît complètement …
  • Le sondage BVA se distingue en prenant en compte les résultats de la présidentielle 2017 dans cette élection européenne, ce qui favorise évidemment Macron. Cela rappelle une manipulation similaire, lors de la présidentielle 2017, avec un redressement qui était alors basé sur les régionales 2015, favorisant le PS.

Les sondages de la campagne présidentielle de 2017 souffraient des mêmes travers, où l’on avait pu constater plusieurs échecs (mais peut-on appeler ça des échecs ?) : l’élection de Fillon à la primaire de droite, celle de Hamon à la primaire de gauche, alors qu’ils étaient tous les deux classés 3ème, juste avant ces primaires. On peut aussi rappeler l’étonnante inversion de classement qui a eu lieu entre Hamon et Mélenchon, pendant plusieurs mois (obtenue par la manipulation précédemment mentionnée).

Sources

ODOXA 19-20 décembre 2018

Cliquer ici pour accéder à l’étude

Redressement : La représentativité de l’échantillon est assurée par la méthode des quotas appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, niveau de diplôme de l’interviewé après stratification par région et catégorie d’agglomération

Indication de participation : 60% (Page 2 : 596 personnes se déclarent certaines d’aller voter pour 926 personnes inscrites sur les listes électorales)

IFOP 8-9 janvier 2019

Cliquer ici pour accéder à l’étudeÉ

Redressement : La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée) après stratification par région et catégorie d’agglomération

Indication de participation : NON

ELABE 22-23 janvier 2019 

Cliquer ici pour accéder à l’étudeÉ

RedressementLa représentativité de l’échantillon a été assurée selon la méthode des quotas appliquée aux variables suivantes : sexe, âge et profession de l’interviewé après stratification par région et catégorie d’agglomération.

Indication de participation : 30% (Page 16 : 30% des inscrits interrogés se déclarent tout à fait certains d’aller voter)

IPSOS 15-21 février 2019

Cliquer ici pour accéder à l’étude

A noter un important échantillon de 10 002

Redressement : Méthode des quotas: sexe, âge, profession de la personne de référence du foyer, région, catégorie d’agglomération

Indication de participation : 42% (page 6)

BVA 20-21 février 2019 

Cliquer ici pour accéder à l’étudeÉ

Redressementéchantillon brut redressé sur critères sociodémographiques (sexe, âge, profession de la personne de référence et de l’interviewé, région, catégorie d’agglomération), sur le vote au 1er tour de l’élection présidentielle de 2017 et des élections européennes de 2014.

Indication de participation : 50% (Page 3 : 474 individus certains d’aller voter sur un échantillon de 929 inscrits sur les listes électorales)

Harris 22-23 février 2019

Cliquer ici pour accéder à l’étudeÉ

RedressementMéthode des quotas et redressement appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle, région de l’interviewé(e) et vote aux élections antérieures.

Indication de participation : NON. Cet indicateur est remplacé par un indicateur d’intérêt (Diriez-vous que les élections européennes de 2019 vous intéressent beaucoup, assez, pas vraiment ou pas du tout ?)

Partagez

2 réflexions sur « La foire aux sondages »

  1. Je pense que la façon de considérer les sondages, de la part des responsables politiques, est souvent ambigüe.
    -S’ils vont dans le sens désiré, ils les prennent en compte et en font même un élément de propagande. L’exemple de la FI, mais des autres aussi, durant la campagne présidentielle est un cas d’école.
    -Et s’il ne correspondent pas à ce qu’ils attendent, ils sont dénoncés ipso facto.
    Le dernier papier de Bompard sur son blog est une bonne illustration.
    Il y a une question de méthode et de cohérence… Soit on donne une crédibilité aux sondages et il faut les accepter en toute circonstance, soit on les récuse, et alors on ne s’en sert pas en fonction de l’opportunité.

    Il y a de plus une autre question de taille qui vient se superposer. Au nom de la « realpolitik », la tentation de déterminer ou de justifier leur orientation par les derniers sondages sortis vise tout ce beau monde. Peu importe la ligne, peu importe ses convictions, peu importe sa propre appréciation du rapport entre les classes, ce sont les données publiées qui correspondent à la volonté majoritaire qui viendraient dicter ce qu’il est bon de dire et de taire.

    Au risque de paraitre « archéo », ne faut-il pas considérer les sondages pour ce qu’ils sont, des indications, une tendance à un instant T, ni plus, ni moins.
    La question des européennes vient illustrer le propos. Je ne me prononce pas pour le boycott parce que les sondages (et les scrutins passés) m’indiquent que ce sera sans doute la tendance majoritaire, ce dont par ailleurs je me réjouis. Je me prononce pour le boycott parce que se dire attaché à la souveraineté nationale est incompatible avec la caution que mon vote pourrait apporter à l’UE, construction politique destinée à servir le capital financier au détriment du travail et indépendamment de la volonté populaire. Si le vote au parlement européen pouvait même théoriquement modifier l’orientation de l’UE, alors je pense qu’il faudrait faire campagne. Mais étant donné qu’indépendamment du résultat, les institutions européennes rendent non modifiable l’orientation de l’UE, voter reviendrait à la fois à propager une illusion mortel dans l’UE et à accepter le système comme seul possible, bref, à décréter la fin de l’histoire. Cela quoi que disent les sondages. Boycott donc, et campagne pour le boycott.

Laisser un commentaire