Sondages et propagande aux européennes

Les sondages influent sur les opinions des citoyens, ni plus ni moins que toute information. Ils sont donc naturellement utilisés par la propagande gouvernementale et médiatique.

Examinons de quelle manière s’exerce cette propagande pour les sondages aux élections européennes. Ceux là nous annoncent, deux mois à l’avance : « un duel REM-RN, avec une probable victoire de Macron, à hauteur de 20 ou 25% des suffrages ». Chiffre qui correspond aux mesures d’opinion favorables.

Un éclairage biaisé

Ces sondages mettent en avant la répartition en sièges pour les partis en compétition. Ils peuvent alors passer sous silence la participation électorale pourtant remarquablement faible (40% à la dernière consultation de 2014). Une conséquence est que cet éclairage occulte le recul du socle électoral de Macron

En admettant la justesse des chiffres mis en avant par les médias (25% de suffrages) dans cette hypothèse de participation de 40%, Macron obtiendrait 4,7 millions de voix sur les 47 millions de français inscrits (10% des inscrits). Chiffre à comparer aux 8,6 millions de voix qu’il a obtenu au 1er tour de la présidentielle 2017. C’est à dire une perte de 4 millions de voix pour le président européïste, sur une élection pourtant européïste !

Vu sous cet angle, la « victoire » annoncée en sièges masque une tout autre réalité, qui constitue un échec politique pour Macron, le président mal élu en quête de légitimité. Ce constat, à lui seul, met à mal toute la propagande sur une soi-disant victoire de Macron aux européennes, ou même sur la réalité d’un socle électoral de 25%.

Les concurrents de Macron omettent pourtant de pointer ce recul annoncé et finalement peu étonnant, car ils sont surtout intéressés par leur propre nombre de sièges. Ainsi, LFI qui axe sa campagne sur le « referendum anti-Macron », plutôt que contre l’UE,  combat l’abstention, qui ferait le jeu de Macron.  Argument recevable tant que l’on raisonne en sièges, mais qui confère néanmoins une légitimité au gagnant de la course aux sièges, c’est à dire Macron (si ce n’est le Pen), et à l’institution européenne elle-même !

Des techniques opaques

On sait que les instituts de sondage sont capables de faire des prédictions justes quelques jours avant les élections, tandis que celles qui sont faites plusieurs semaines à l’avance sont incertaines, car l’opinion publique évolue surtout à l’approche du scrutin; observation bien connue souvent « oubliée » par les médias qui publient à tour de bras plusieurs mois à l’avance.

La technique même des sondages basée sur des coefficients de redressement pose question. Suite à la mise à jour d’une manipulation lors de la présidentielle 2017, la commission des sondages a été interpellée (en vain) par une pétition demandant des normes de sondage plus rigoureuses et transparentes.

Pilonnage

Depuis fin décembre 2018, ç’est à dire 5 mois avant la date du scrutin (26 mai 2019) on assiste à une vague de sondages au rythme de plus d’un par semaine. Cette vague, démultipliée par le nombre de médias, les chaines d’infos en continu, et les réseaux sociaux, génère un véritable tsunami informatif propre à marteler le message.

Ce tsunami a un autre mérite de point de vue de la Macronie : il met l’élection européenne au devant de la scène politique, sans que finalement la question de fond (à quoi sert le parlement européen ?) soit vraiment posée ou débattue.

Des officines partiales

Presque tous les instituts de sondage —un nom bien flatteur pour des entreprises privées— sont directement ou indirectement la propriété des amis de Macron, et leurs publications sont relayées par les amis de Macron (90% des médias sont aux mains de 9 milliardaires) qui tient lui-même le service public d’information. Le moins que l’on puisse dire est que ce constat n’est pas une garantie de leur partialité !

Voir aussi :

https://www.acrimed.org/En-finir-avec-les-faux-debats-sur-les-sondages

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