Du BREXIT au FREXIT : retour sur un évènement riche d’enseignements et d’espoir pour les souverainistes

Titres du Dimanche 31 Mars 2019 – « BREXIT : le dernier piège » s’inquiète le journal conservateur Pro Brexit le Sunday Express devant l’hypothèse du maintien du Royaume Uni dans l’union douanière avec l’UE. Une des nièmes traîtrises dénoncées par les invités britanniques de l’UPR le 29 Mars.

Londres Vendredi 29 Mars 2019 19H, dans la prestigieuse « Church House Westminster», à un jet de pierre du Parlement, 700 français se retrouvaient, pour ce qui devait être la fête du BREXIT, organisée par l’UPR, l’Union Populaire Républicaine, le parti du FREXIT. Mais au royaume d’Alice au pays des Merveilles et des non-anniversaires, c’est une « non – fête » du BREXIT qui a dû être célébrée.

De fait, voilà une tradition activement soutenue par l’UE et les gouvernements européistes, puisque ceux-ci s’ingénient avec un talent certain à saboter les choix démocratiques des peuples européens, depuis les référendums de 2001 (traité de Nice) et 2008 (traité de Lisbonne) en Irlande, en passant par ceux de 2005 sur la constitution européenne en France et aux Pays Bas, ou celui de la Grèce en 2015 sur les injonctions de la troïka, entre autres … Que de non-fêtes à célébrer !

Dans cette période très périlleuse, les britanniques sont donc sur la voie d’un même scandale démocratique comme le rappelait François Asselineau dans son discours liminaire. La propagande redouble d’intensité contre les brexiters, traités de racistes, xénophobes, arriérés, inconséquents face à des risques économiques majeurs, et les injonctions et manœuvres pour un BREXIT soft, un report, et/ou un deuxième referendum se font de plus en plus pressantes.

L’atmosphère, ce soir-là, aurait pu être à la déception et au découragement. Mais il n’en a rien été : tant du côté des intervenants britanniques et UPR, que du public français, l’heure était à la détermination devant l’affront fait à la démocratie, et à l’enthousiasme de découvrir de nouvelles solidarités.

Vers un mouvement européen pour la démocratie et les souverainetés nationales ?

Car les invités britanniques, anciens ministres conservateurs ou travaillistes, économistes, syndicaliste, entrepreneurs ou blogger, tous activement anti UE, étaient manifestement ravis de la brillante initiative de l’UPR et quelque peu sidérés qu’au pays de Jean Monnet et Jacques Delors il y eût des français hostiles à l’Union Européenne …

Quant au public, adhérents et sympathisants UPR pour la plupart, il écoutait avec ferveur les discours de haut vol des intervenants : leur retour d’expérience sur le processus de sortie de l’UE par l’article 50, les obstacles et erreurs (à commencer par la faible prise en considération des forces en présence, et la naïveté de penser que le referendum était une fin en soi) et leurs conseils en conséquence, étaient paradoxalement le signe tangible que OUI, c’était possible ! Malgré la situation actuelle plus qu’incertaine, tous ont transmis la conviction que BREXIT il y aurait tôt ou tard, et qu’il était évident que la France suivrait le même chemin pour recouvrer sa souveraineté, et abandonner le navire européen en perdition.

« Pourquoi nous détestent ils tant ? » s’est demandé Gwythian Prins, Professeur émérite à la London School of Economics en parlant des dirigeants européens : « parce qu’ils sont, avec leur projet européen, au bord du précipice et de leur propre effondrement ».

« La seule solution ce n’est pas de réformer mais de quitter l’Union. Mon verdict très réfléchi sur l’UE c’est qu’elle est distante, inefficace, vieux jeu, tournée sur elle-même, et anti démocratique (…). Nous allons quitter l’Union Européenne et vous aussi. La raison est la suivante :  Une autre Europe va naître, de nations libres qui s’associent » témoignait David Heathcoat-Amory, ancien Ministre conservateur des Affaires Européennes, bien au fait des coulisses bruxelloises.

Le reste était de la même eau …De quoi questionner l’unanimisme des grands médias français et de leurs experts (médias français qui, bien qu’informés de cet évènement en tout point exceptionnel, étaient absents comme de bien entendu)

Division profonde du pays et au sein des partis politiques

Un ancien ministre de la Défense, Lord Hamilton, rappelait qu’à la Chambre des Lords, ils n’étaient qu’une poignée à défendre le BREXIT,  peut-être 5%. Cela en dit long sur le positionnement de la majorité de l’establishment britannique, même si des figures emblématiques du monde des affaires et de la finance se sont clairement engagées pour le BREXIT tels l’entrepreneur et inventeur James Dyson, ou Mervyn King, gouverneur de la Banque d’Angleterre entre 2003 et 2013, qui ces jours derniers, dans une interview à la BBC, disait sa préférence pour un BREXIT sans accord. Il déplorait cependant que rien n’ait été fait par le gouvernement May pour anticiper et permettre cette option.

Une remarque assassine qui illustre l’impasse dans laquelle Theresa May a mis son parti et son pays. A défendre plus que de raison un accord absolument inacceptable, déjà rejeté 3 fois par les députés, sans avoir su quitter la table des négociations au moment où cela avait un sens, et chercher des solutions alternatives clairement identifiées (à commencer évidemment par celle d’une sortie sans accord), elle a donné des gages aux remainers et à Bruxelles. Mais après tout, fallait-il attendre autre chose de la part d’une personnalité, favorable lors du referendum de 2016 au maintien dans l’Union Européenne comme nombre de députés conservateurs qui ne sauraient accepter le BREXIT que dans des formes adoucies ? En 2016, 56 % des députés tories disaient avoir voté pour rester dans l’Union…

Situation également compliquée au Labour : de notoriété publique, Jeremy Corbyn est un eurosceptique. Lors du referendum de 2016, il n’avait soutenu le maintien dans l’UE que du bout des lèvres et depuis lors évite autant que possible le sujet, pour ne pas attiser les divisions dans son camp et préserver l’avenir en cas d’élections anticipées. Car si une proportion très importante d’élus et d’électeurs pro Labour est europhile, 37% des électeurs britanniques de sensibilité travailliste ont voté pour le BREXIT selon les sondages… Pour bonne part, ce qu’on pourrait appeler la Grande Bretagne périphérique, oubliée de la mondialisation heureuse dont Londres est un symbole.

Cruel dilemme donc, que Corbyn résout par un changement de pied permanent, et un flou savamment entretenu :  un second referendum ? finalement pourquoi pas, c’est une option très populaire parmi les députés travaillistes europhiles.  Rencontrer Theresa May avec l’hypothèse d’une union douanière avec l’UE ? Bonne idée, d’autant que, là aussi, c’est le souhait d’une majorité de députés du Labour, avec l’objectif d’obtenir de Bruxelles des concessions en matière d’accords commerciaux et des marges de manœuvre que May n’a pas réussi à avoir.

Trahison, piège des élites et crise de la démocratie

Et tant pis si ces pistes sont une trahison du vote de 2016, et signifient que le Royaume Uni risque fort de renoncer à récupérer pleinement sa souveraineté, le mettant sous une tutelle de fait de Bruxelles.

Et tant pis si May demande un report du BREXIT au 30 Juin prochain, avec l’éventualité absurde de participer aux élections européennes du mois de Mai, et à la clef le refus probable de l’UE en situation idéale pour faire chanter le gouvernement britannique.

Et tant pis surtout, si la solution du « Hard Brexit », que rejette une majorité de députés, en particulier ceux du Labour, apparait à nombre d’observateurs, et à une part croissante de l’opinion publique, comme la solution la plus pertinente pour le pays, et en réalité la plus redoutable pour Bruxelles (malgré les rodomontades d’un Emmanuel Macron qui joue au poker menteur).

Car c’est bien un front « tout sauf un BREXIT sans accord le 12 Avril » qui s’est constitué au Parlement, mené par les remainers, et concrétisé mercredi dernier par le coup de force d’une députée travailliste, Yvette Cooper. Européiste convaincue, ancien membre des gouvernements Blair et Brown, et par ailleurs challenger malheureux face à Corbyn en 2015 pour prendre la tête du parti, elle a ainsi réussi à faire voter un projet de loi à la Chambre des Communes, bloquant la possibilité d’un BREXIT sans accord le 12 Avril prochain.  Ce n’était pas sa première tentative, mais cette fois c’est passé, avec une voix d’avance… Le texte doit toutefois être approuvé par la Chambre des Lords pour prendre force de loi, le tout sous fond de « vandalisme constitutionnel » au regard des usages parlementaires pour reprendre les termes d’un membre de la Chambre haute hier.

Dans le même temps, l’idée poussée par le Labour d’un maintien dans l’union douanière continuait de faire son bonhomme de chemin. Idée pourtant plus que choquante en regard du referendum et intenable sur le long terme puisque la Grande Bretagne serait dépendante de la politique commerciale de l’UE, sans avoir son mot à dire, sauf à la bonne volonté de Bruxelles.

Ces blocages et solutions alternatives constituent les nièmes illustrations des diverses ruses, subterfuges et autres mesures dilatoires que décrivaient et craignaient les intervenants du 29 Mars à la Church House. Tous n’avaient pas de mots assez durs pour fustiger la trahison en cours du gouvernement, des parlementaires, des milieux d’affaires, et des grandes centrales syndicales majoritairement pro UE. Et tous rappelaient l’absolue nécessité de respecter les termes mêmes du referendum, en ne faisant des négociations qu’une conséquence de la décision des citoyens et non une condition sine qua non.

« Ne négociez pas ; quittez l’Union Européenne (…) Vous négocierez de l’extérieur !» a lancé sans ambages aux frexiters, Alexander Deane ex chef de cabinet de David Cameron.

« Nous croyions naïvement dans la démocratie ; nous pensions avoir gagné et donc on ne s’est pas méfié. Mais la réalité était que dès le lendemain du referendum, les élites faisaient tout pour arrêter le BREXIT (…). Toutes les ruses ont été utilisées (…) et le backstop <concernant la frontière entre les 2 Irlandes> a été très astucieusement utilisé. » témoignait Kate Hoey, Députée travailliste, ancienne Ministre des Sports.

A voir le combat dans lequel cette femme politique et ses collègues de tous horizons se sont engagés avec conviction, et les forces pour ainsi dire impériales qu’ils affrontent, on se prenait à penser à tout le chemin qu’il restait à parcourir en France où le roman national autour de la construction européenne, avec la complicité active de la quasi-totalité de la classe politique et des grands médias, continue de brouiller le jugement et paralyser les énergies. 

Au contraire, l’euroscepticisme historique des britanniques les a, au moins partiellement, protégés de la propagande outrageuse qu’il leur est assénée.                                                                                                         

Cette propagande est en outre largement challengée, puisqu’à la différence de la France submergée par une presse mainstream favorable à la construction européenne, une partie de la presse britannique est restée eurosceptique. De nombreux journaux soutiennent avec plus ou moins de virulence le BREXIT, entre autres le Sun, quotidien tabloïd le plus vendu au Royaume Uni, ou les journaux conservateurs le Daily Express, Le Daily Telegraph, le Sunday Time. Le débat fait rage, et reflète la profonde division du pays sur le sujet.

Et c’est finalement sur la base d’appréciations personnelles, autour des notions fondamentales de Démocratie et de Souveraineté, transcendant partis et classes sociales, que chacun est amené à se positionner.

Alliance des souverainistes

Il était ainsi incroyablement encourageant le 29 Mars dernier dans la grande salle ronde de  Church House chargée d’histoire, de voir se succéder des personnalités aussi différentes qu’un syndicaliste, d’anciens ministres travaillistes ou conservateurs, des représentants de la société civile, entrepreneur, bloggeuse ou universitaires, tous animés de la même détermination à faire respecter le vote de 2016, et prêts à repartir au combat s’il le fallait pour récupérer coûte que coûte la souveraineté de leur pays. Cette détermination soulignait aussi la tension actuelle en Grande Bretagne, un représentant travailliste allant jusqu’à prôner la désobéissance civile s’il le fallait, en cas de non respect du referendum.

A la lumière des leçons du BREXIT, puissions-nous en France dans les jours et les semaines à venir, arriver collectivement à briser les réticences inutiles et créer les conditions d’une large et indispensable alliance des souverainistes de tous bords, dont le mouvement des Gilets Jaunes uni dans sa diversité pour une exigence de démocratie, aura été le signe annonciateur.

La rose et le réséda n’est-ce pas ?

Le lien vers la première partie de la conférence :

https://m.youtube.com/watch?v=KAB17jku07Y#

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