Européennes : Le vote n’est pas la question

Le 26 mai, les électeurs sont appelés à renouveler le « parlement » européen. Certains pensent qu’il faut voter pour le moindre mal, car la situation leur semble assez dangereuse pour qu’on se mobilise. D’autres pensent qu’il vaut mieux rester chez soi et qu’on n’a pas à cautionner de quelque manière que ce soit ce pseudo-parlement. On peut se battre là-dessus et échanger des arguments à n’en plus finir. Mais la vraie question est ailleurs. Elle porte sur l’appréciation de l’UE.  Est-ce malgré tout quelque chose qu’il faudrait préserver car son effondrement nous conduirait au pire ?  Ou, au contraire, n’est-ce pas l’UE le problème ?

L’UE est une construction au service du capital financier, entièrement soumise aux États-Unis.

L’UE n’est pas un organisme de collaboration des nations européennes puisqu’elle suppose des nations soumises à des règles imposées d’en haut. En privant les nations de la possibilité de choisir leur manière de vivre et de mener leur politique, elle empêche du même coup toute collaboration saine. Elle dresse les peuples contre l’UE et finalement les uns contre les autres. Chaque gouvernement peut d’ailleurs, grâce à l’UE, échapper au contrôle politique de son propre peuple, chaque gouvernement rejetant sans vergogne toutes les mesures antipopulaires sur le dos de « l’Europe ».

En vérité, la fameuse « concurrence libre et non faussée » est une arme de destruction massive contre les systèmes de protection sociale imposés au lendemain de la seconde guerre mondiale. Elle exige la destruction des principes des services publics qui doivent être soumis à la concurrence et privatisés. Elle interdit toutes les coopérations internationales qui deviennent contraires aux principes de la libre concurrence. Les seules réussites industrielles (Airbus, Agence spatiale européenne, etc.) se sont construites en dehors de l’UE, comprennent parfois des pays hors-UE et seraient illégales aujourd’hui au regard des accords de Maastricht (1992), Amsterdam (1997) ou Lisbonne (2008).

Comme l’UE interdit la construction de grands pôles européens dans l’industrie et les services, elle laisse ainsi les mains libres aux trusts américains et à la puissance chinoise. Contre l’alliance Siemens-Alstom, les européistes ont choisi de démantèlement d’Alstom au profit de l’américain GE. Dans les industries automobiles, chaque constructeur à son américain (FCA) ou son japonais (Renault-Nissan) ou même son chinois (PSA). Mais de puissant groupe européen, il n’y en a pas – sauf les groupes allemands qui mènent leur propre jeu en se moquant des autres.

Militairement, l’UE n’existe pas et ses divers membres sont soumis à l’OTAN, bras armé des États-Unis. Il y a 26 bases américaines en Allemagne, 8 en Italie, 1 en Belgique, 1 aux Pays-Bas, 2 en Espagne, 7 au Royaume Uni, 1 au Portugal, sans parler des pays de l’Est où sont déployées des forces américaines.

L’UE ne garantit pas la paix.

Fidèle relai de la politique extérieure des États-Unis, l’UE ne nous protège pas de la guerre. Bien au contraire. La tension États-Unis/Russie se joue en Europe et sans que les Européens aient quelque pouvoir de négociation. Les États-Unis, à 5000 km de nous, ne risqueraient rien ou presque en cas de conflit armé limité. Quand Trump joue à la guerre avec l’Iran, seuls les Européens sont placés aux premières loges pour prendre des coups.

Que l’hostilité à l’égard de la Russie tienne lieu de politique commune en dit long sur l’état de la réflexion des crétins instruits qui gouvernent l’UE. Ceux qui n’ont aucun état d’âme pour armer l’Arabie Saoudite ou l’Égypte, dénoncent Poutine comme le pilier de l’axe du mal. À l’évidence, pourtant, la Russie est européenne, par sa position géographique et par sa culture et toute tentative d’unir les nations d’Europe suppose la recherche d’un accord avec la Russie.

Comme les Européens n’ont aucune politique extérieure, et parfois peuvent se battre entre eux par nationalismes interposés (comme dans l’ex-Yougoslavie), l’UE, nous ne sommes mêmes pas assurés qu’il n’y aura pas de nouvelles guerres en Europe. La seule garantie contre la guerre, ce n’est pas l’UE, mais le vieillissement des populations !

L’UE démolit la démocratie

Comme l’a dit Juncker, le célèbre ivrogne luxembourgeois (in vino veritas) : la démocratie s’arrête aux frontières des traités ! La Grèce a été torturée par l’UE. En 2012, le gouvernement italien a été changé par décision de l’UE. Bien que jouant volontiers les gros bras, les Français ont cédé sur toute la ligne. L’UE, bien qu’elle n’en soit pas la cause, accélère la transformation des démocraties en oligarchies. Quand le gouvernement français refuse la reprise des négociations avec les Américains, l’UE s’y engage quand même et donc même le très complaisant gouvernement français en est réduit à jouer les petits roquets.

L’UE bien que prétendument écologiste est surtout spécialiste du green washing.

Il est en effet impossible de lutter sérieusement pour la défense des milieux naturels de la vie humaine sans porter des coups de hache contre la propriété privée des moyens de production et sans donner aux pouvoirs publics le pouvoir d’agir sur le plan économique. Il faudrait déjà simplement mettre des barrières aux importations pour favoriser la consommation locale, ce qui est contraire aux principes de l’UE qui n’a cessé d’œuvrer contre toutes les barrières tarifaires.

Tous les (maigres) avantages de l’UE pourraient exister sans elle.

La coopération entre États peut très bien obtenir les mêmes effets et d’ailleurs plusieurs États hors UE ont signé des accords de coopération avec l’UE sans subir sa discipline (Norvège, Suisse). Un groupe d’État pourrait même décider d’avoir une monnaie commune pour favoriser les échanges, mais tout aussi bien des politiques industrielles communes décidées au cas par cas ou même une coopération militaire.

On peut rêver d’une transformation interne de l’UE, mais ne plus croire au père Noël est le premier acte d’émancipation intellectuelle !

Toutes les veilles d’élection, les candidats promettent monts et merveilles. LREM affirme que l’UE va dépenser 1000 milliards pour l’environnement.  Le budget actuel est de 170 milliards. Donc LREM se moque du monde. Il paraît qu’on faire va « l’Europe sociale » et la seule chose qui avance en pratique, c’est l’Europe anti-sociale. On va amener les Allemands à être plus coopératifs – et pourquoi les Allemands écouteraient-ils les Français ?

La vérité est qu’il n’y a pas de « peuple européen » mais des nations qui vivent avec leurs propres idées, leurs propres coutumes, leurs propres manières de concevoir leur destin. Et c’est seulement en partant de cette réalité qu’on pourrait avancer vers une association des nations européennes souveraines. Dans un prochain article, nous reviendrons sur ce qu’il conviendrait de faire en Europe, si on refuse et l’UE et le retour au « concert des nations ».

Le 20 mai 2019 – Denis Collin

Partagez

Laisser un commentaire