HOME

Home

Les législateurs qui ont imaginé et promulgué la loi sur le droit au logement opposable (DALO) ont souligné l’importance de l’accession à l’habitat dans nos vies et le caractère spécifique du marché immobilier.
Ils ont affirmé de manière explicite que toute personne doit disposer d’un espace privé décent.
Malheureusement leur tentative d’améliorer la vie des gens en facilitant l’accès au logement s’est avérée inefficace et les difficultés pour accéder à un logement correct et abordable ne cessent de croître.
Les français sont contraints d’allouer une part prépondérante de leurs revenus pour se loger, cette situation contribue à accroître la précarité et devient intolérable socialement.
Pour y remédier nous devons mettre en évidence les mécanismes qui régissent la construction, la distribution et la transmission des logements au profit du système financier avec la complicité des pouvoirs publics et des lobbys professionnels.

La répartition de la population sur le territoire a subi de profondes mutations sous l’effet de la désindustrialisation, de la paupérisation de l’agriculture et des choix d’organisation des réseaux de transports.
L’activité économique a été concentrée autour de certaines grandes villes au détriment des campagnes et villes moyennes.
La demande de logements dans ces zones actives a entraîné leur rareté et l’augmentation des prix de vente et loyers.
L’essor du tourisme et le désir politique de mettre en valeur les quartiers historiques ou naturellement privilégiés ont également accentué la pénurie de logements puisqu’une part importante des appartements des zones attractives est dédiée à la location saisonnière de courte durée.

Par nature le logement abrite notre vie privée et répond à un besoin vital, il devrait être accessible à tous.
Mais sous l’effet de la financiarisation il est davantage perçu comme l’élément principal de notre patrimoine et est devenu l’enjeu d’un énorme marché organisé par le système bancaire et les lobbys professionnels.
L’achat des terrains, le coût des travaux et l’acquisition du bien immobilier sont en grande partie financée à crédit.
Les crédits immobiliers représentent plus de la moitié des crédits accordés par les banques et sont garantis par des prises d’hypothèques.
Le marché du logement est donc une activité rentable, sûre et centrale dans le fonctionnement des banques.
Pour en assurer la pérennité les principaux acteurs du secteur ont besoin de contrôler l’espace foncier par les politiques d’aménagements du territoire.
Les pouvoirs publics sont amenés à transformer des zones agricoles ou forestières en zones constructibles pour répondre à la demande des professionnels de l’immobilier qui cherchent logiquement à maximiser les profits, en construisant sur des terrains vierges en périphérie des villes. Cette activité est plus rentable que de rénover ou transformer l’habitat existant.
Pour garantir la solvabilité des acquéreurs et le niveau élevé des prix des biens immobiliers les financiers et les lobbys ont obtenu de nombreux avantages législatifs et fiscaux.
Grâce à la défiscalisation partielle de l’achat d’un bien destiné à la location, le marché immobilier s’est adressé aux classes moyennes aisées, généralement propriétaire de leur logement principal, en facilitant la création d’un patrimoine générateur d’une rente par l’intermédiaire des loyers perçus.
Un autre dispositif, conçu dans le même esprit, permet aux actifs aisés d’orienter leur épargne vers le financement de résidences de loisirs, d’étudiants ou de retraite à un taux de TVA réduit puisque le bien est assimilé à un investissement productif.
A partir de 2008 le pouvoir public a permis aux promoteurs privés de bâtir des logements pour les offices d’HLM qui, jusqu’à lors, géraient la construction de leurs immeubles.
Par cette mesure les acteurs privés ont accès aux terrains réservés à l’habitat populaire et au financement des HLM pour faciliter le montage de leurs opérations.

Lors de l’achat d’un terrain ou d’un logement, la société reconnaît le droit inaliénable et perpétuel du propriétaire qui peut user du bien comme il le souhaite dans le cadre des règlements d’urbanisme.
Par la reconnaissance du droit de propriété, la société confère aux propriétaires un privilège auquel n’ont pas accès les autres membres de la communauté.
La valeur financière du bien immobilier est le reflet du privilège de jouissance exclusif de cet espace.
Or tout bien immobilier est une portion d’espace qui a été soustrait à l’espace commun de manière quasi irréversible.
L’industrie de l’immobilier qui organise l’aménagement du pays n’a d’autre finalité que de valoriser l’espace commun en le privatisant et en s’assurant que les plus aisés l’accaparent afin de garantir la maximisation de cette valeur.
L’exclusion de la plus grande partie de la population des zones attractives est donc la condition essentielle de la prospérité du lobby immobilier.

Parallèlement, pour tirer profit du besoin de logement de la population exclue des zones attractives, le pouvoir politique et le lobby immobilier ont organisé l’aménagement des zones périphériques.
Des surfaces agricoles et forestières sont artificialisées puis transformées en lotissements pavillonnaires et centres commerciaux dont les habitants sont contraints d’utiliser leurs moyens de transport individuel pour effectuer la plupart des actes de la vie quotidienne.
Les dépenses de consommation et d’entretien des véhicules et pavillons constituent des coûts fixes incompressibles qui représentent une part importante des revenus.
La population est donc menacée de précarité à la moindre baisse de salaires ou d’allocations.

L’industrie du logement prospère donc sur la ségrégation de la population et la destruction d’espaces naturels.
A l’origine le droit de propriété a permis de sécuriser les cultures et de garantir un abri aux familles en éliminant les risques de spoliation par les puissants.
Mais les mécanismes économiques et l’héritage ont provoqué l’accumulation de biens immobiliers de valeur par un nombre restreint d’acteurs économiques et d’individus privilégiés.
Toute évolution positive de la société devra s’accompagner de la réappropriation de l’espace et de la politique de son aménagement par les citoyens.

Partagez

Laisser un commentaire