FREXIT: mettre le vin nouveau dans des outres neuves

Le 31 janvier 2020, le Royaume-Uni sera sorti de l’Union Européenne. L’incontestable victoire non pas des tories mais de Boris Johnson et la défaite cinglante du parti travailliste permettent de résoudre cette crise interminable dans laquelle était plongé le Royaume Uni après le vote populaire en faveur du « Brexit », vote que les élites appuyées sur les médias et les institutions de l’UE avaient pour projet de bafouer, ainsi qu’il fut fait jadis en France après le référendum de 2005 sur le TCE.

L’anglais continuera d’être la langue de l’UE – plus de 90% des textes sont rédigés dans cette langue et le français y est en voie de disparition, mais cet anglais-là, ce globish, n’est pas la langue du Royaume-Uni mais la langue des véritables maîtres, les États-Unis d’Amérique. Cette bizarrerie est cependant secondaire. Le plus important est que, pour la première fois, un pays quitte l’UE sans que s’abatte sur lui toutes les calamités promises par les grands prêtres européistes. Voilà qui pourrait donner aux autres de très mauvaises idées. Si retrouver sa liberté est possible, pourquoi pas nous, se diront d’autres nations européennes ? Tous ceux qui ont obéi aux directives de l’UE l’ont payé cher : non seulement les Grecs saignés à blanc par la troïka, mais aussi les Italiens, les Espagnols, les Français et même les Allemands. La machine à broyer les acquis tourne à plein régime et aujourd’hui la preuve est faite, plutôt cent fois qu’une, que l’UE est irréformable, qu’une « Europe Sociale » n’est qu’un attrape-nigaud qui permet de faire passer les médications amères concoctées par la coalition des gouvernements capitalistes.

Au moment où le gouvernement français de M. Macron, chantre s’il en est des bienfaits de l’UE, organise le saccage du système de retraites, la question de la rupture avec les institutions et les politiques de l’Union est posée de manière cruciale. Après le BREXIT, le FREXIT pourrait bien se retrouver plus vite qu’on ne le pense à l’ordre du jour. Les opposants-bidons ne s’y trompent pas : alors que la perspective réelle de l’explosion de l’UE se précise, Mme Le Pen en France, M. Salvini en Italie et la plupart de leurs compères en Europe se défendent comme des beaux diables : pas question de sortir de l’UE, pas question de mettre en cause l’euro. Utile clarification que nous devons à Boris Johnson. Quant à tous les « radicaux » qui se retrouvent dans le groupe GUE du parlement (sic) européen, de Syriza à LFI, ils se trouvent maintenant devant l’alternative, couvrir « à gauche » les oligarques euroïnomanes ou bien rompre, une dernière hypothèse peu probable pour des gens qui, toute honte bue, siègent avec Tsipras.

« On ne met pas non plus du vin nouveau dans de vieilles outres ; autrement, les outres se rompent, le vin se répand, et les outres sont perdues ; mais on met le vin nouveau dans des outres neuves, et le vin et les outres se conservent. » (Matthieu, 9, 17) Puisse l’année 2020 être l’année où se recomposeront les forces politiques qui luttent pour la souveraineté de la nation, ce qui n’est possible qu’en prenant la défense des classes populaires contre les manigances des puissants.

Denis Collin – le 8 janvier 2020

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