Entrevue avec Brigitte Pascall

Nous avons interrogé quelques militants et intellectuels qui partagent notre souci de lier lutte pour la justice sociale et lutte pour la souveraineté nationale. Nous publions aujourd’hui les réponses de Brigitte Pascall, initiatrice entre autre du rassemblement « Le peuple d’abord » ).

Lettre du CNSJS

Chers amis,

Nous nous adressons directement à vous:

  • Parce que la situation qui s’est installée en France nous semble révélatrice de la profonde crise politique et démocratique qui atteint la république,
  • parce qu’il nous semble que la situation politique et sociale de nombre pays a atteint un niveau critique
  • parce que nous pensons que la discussion la plus large doit se mener entre tous ceux qui sont attachés à la république laïque, démocratique et sociale, une et indivisible,

Aussi, nous souhaiterions obtenir vos réponses aux question ci-dessous en vue de les publier sur les sites du Collectif Nationale pour la Souveraineté et la Justice Sociale (www.cnsjs.fr ) et sur tout site qui trouvera utile vos contributions.

Nous vous demandons de tenir compte du fait qu’une publication sur internet demande de la concision pour être lue, comprise et donc efficace.

En vous remerciant par avance.

Pour le CNSJS, Jacques COTTA et Denis COLLIN

Réponses de Brigitte Pascall aux questions posées par le CNSJS, Jacques COTTA et Denis COLLIN 

1°)-Comment apprécies-tu l’état dans lequel se trouve la République, son évolution depuis deux années de pouvoir macronien notamment sur les plans politique, social, démocratique ?

3°)-Quel est à ton avis le point de départ de la crise républicaine ? Hollande, Sarkozy, etc. ? Comment expliques-tu que l’alternance n’a rien changé et que la situation s’est toujours aggravée

Réponse groupée aux questions n°1 et 3 : 

1.2°)- S’agissant des Libertés Publiques et de la situation politique depuis juin 2017 :

Nos libertés publiques se raréfient comme peau de chagrin.Régis de Castelnau, ex-bâtonnier du Barreau de Paris analyse l’histoire de l’érosion de nos libertés publiques, dans un article de janvier 2019 intitulé : « Macron et l’exécution de sa feuille de route : au prix de nos libertés », billet de son blog : « Vu du droit ».

D’abord, « il y a eu les élections truquées de 2017, qui ont porté Macron au Pouvoir » (sic). Ensuite pour rester au Pouvoir et accomplir le mandat donné par l’oligarchie financière, Macron dispose de deux outils :

– l’idéologie liberticide consistant à dire que la fin justifie les moyens : que s’il faut basculer dans une société autoritaire, voire dictatoriale, il n’y a aucun problème »(sic).

– Le deuxième outil est l’empressement de la Justice à mettre en oeuvre une politique exigée par Macron aussi illégale qu’antirépublicaine » (sic).

Avec « le coup d’état démocratique » (formule d’Alain Badiou dans son ouvrage : « Eloge de la Politique », édition Café Voltaire/Flammarion, 2017), qui a présidé à la venue du macronisme, on ne doit pas « s’étonner » de l’extrême violence déployée ensuite contre les Gilets Jaunes (11 personnes tuées, 4 mains arrachées, 11 oeils éborgnés, 3000 gilets jaunes poursuivies par la Justice) et les manifestants anti-réforme des retraites : même si naturellement notre Rassemblement « Le Peuple d’abord » appelle à la combattre de toutes ses forces. Cette violence était en gestation dès l’arrivée de Macron par surprise à l’Elysée.

Mais le pire, c’est le silence des supposés « contre pouvoirs » politiques : la gauche molle dont la FI occupe un espace politique (« la gauche »), sans véritablement l’assumer.

Depuis juin 2017, la Direction de la FI devenue gauche « Macron compatible » refuse sciemment, volontairement, de se battre en faveur d’une véritable alternative politique à Macron.

*Le programme « l’avenir en commun » (AEC) a été mis au rancart en juin 2017 sur initiative de Corbière. Jacques Généreux, rédacteur du programme « L’avenir en commun » a été éliminé. Plus jamais, un député de la FI n’a mentionné le programme AEC à la télévision. L’argent au titre du financement de la vie politique (22 millions d’euros) a été donné par Macron, avec pour contrepartie pour les députés LFI de ne plus se référer à un programme alternatif.

*A  la place, la nouvelle ligne politique PS bis voulue par Corbière consiste à : « critiquer Macron mais pas trop« (sic) (BFMTV, Jean-Jacques Bourdin, décembre 2018). 

C’est la même stratégie adoptée aujourd’hui : Mélenchon, la direction de la FI, pour ne pas perdre l’argent donné par Macron, refusent catégoriquement d’appeler à la constitution d’un gouvernement populaire, alors que nous en sommes au 52ème jour de grève : un record pour une mobilisation.

1.2°)- S’agissant de la situation sociale depuis 2017 :Grace à Macron, grâce au capitalisme mondialisé, dont King Restauration est le servile exécutant, les classes populaires sont au fond du trou.Le Peuple français est battu par le totalitarisme de la finance dominante. Macron laisse filer sciemment, volontairement, la hausse du nombre de chômeurs, estimant que la hausse du taux de profit (+6% par an) vaut mieux que la vie de millions de femmes et d’hommes envoyé(e)s au terminus de la pauvreté. 

Résultat : 6 millions de demandeurs d’emploi conscrits à Pôle emploi (chiffres DARES), 9 millions selon nos calculs, si on inclut les demandeurs d’emploi radiés, ceux qui cherchent un emploi par eux même, le « nettoyage » des statistiques tous les 3 mois, etc. 9,3 millions de pauvres selon l’Insee, 15 millions selon nos calculs, en intégrant notamment les travailleurs pauvres, les retraités percevant moins de 1000 euros par mois, les sans-abris, qui n’ont pas faire de déclaration fiscale, ne sontpas comptabilisés dans ce chiffre (information Denis Clerc). 80% des français ont du mal à joindre  les deux bouts (cf Rapport du médiateur de la République).

Le reflux du nombre de création d’emplois (150 000 en 2018 contre 360 000 en 2017, chiffres INSEE) est à mettre directement en relation avec la casse du code du travail autorisée par l’Ordonnance de décembre 2017. Résultat : le droit du licenciement français est devenu le droit du licenciement le moins protecteur d’Europe : un employeur peut licencier un salarié en CDI du jour au lendemain, sur le modèle hélas du droit du travail américain. Et la baisse drastique du nombre de contrats aidés en 2018.

2°)-Quelle analyse fais-tu du mouvement de grève qui vient d’agiter la France ? Comment apprécies-tu la mobilisation comme celle des GJ ? 

2.1°)- Le Peuple français est descendu massivement dans la rue :

Le Peuple français est descendumassivement dans la rue  (2 millions  de manifestants les 05 et 17 décembre 2019), alors qu’il subit plein pot le feu roulant de la politique ultra libérale du grand Capital et du grand Mensonge, structurant toute notre société 2020, « grâce » aux médias courant chercher leurs éléments d’information à l’Elysée (cfAude Lancelin, « Un monde libre », édition Les liens qui libèrent, 2016). Comme on disait en Mai 68 : « on a raison de  se révolter ». 

Les Gilets Jaunes et les manifestants anti réforme des retraites 2019/2020 ont réussi à faire ce que tout le monde pensait impossible : sortir la question sociale de la naphtaline, où la « gauche » classique, y compris la FI depuis juin 2017 l’avait enterré pour toujours.

Naturellement, on souhaite aider utilement les manifestants (tous les corps de métier sont représentés) à réussir dans leur entreprise de résistance face à la misère de masse, qu’impose un Ogre capitaliste, à qui il en faut toujours plus : toujours plus de taux de profit, toujours plus de grandiose, toujours plus de part de marché internationale. Voilà pourquoi « le Peuple d’abord », se définissant comme un laboratoire d’idéesau service des mouvements sociaux, a écrit un programme.

2.2)-Ceci dit, l’Histoire nous apprend aussi qu’une mobilisation sociale a besoin pour réussir d’une solution « politique ».

Souvenons-nous de la fin de Mai 68 : pour sortir du conflit, au bout de quatre semaines, le PSU avait proposé un « programme de transition », comprenant des réformes de structures, porté par Pierre Mendès-France (PMF). De son côté, François Mitterrand s’était déclaré candidat à la Présidence de la République avec, sans le prévenir, PMF comme Premier Ministre, dans le même système que celui des années Pompidou (voir l’ouvrage de Bernard Ravenel : « Quand la gauche se réinventait. Histoire d’un parti visionnaire », édition La Découverte, 2016). Chacun avait pris ses  responsabilités.

Or, c’est tout le contraire que nous vivons aujourd’hui. La mobilisation sociale contre la réforme du projet de loi relative aux retraites dure depuis huit semaines, une durée record. Et « personne » dans l’ « opposition de gauche »,n’ose dire : « je suis candidat, pour mettre en œuvre un projet de société plus juste ».

En réalité, la social-démocratie veut faire échouer sciemment le mouvement social  du 05 novembre, ayant la velléité d’amender, d’humaniser le capitalisme mondialisé. La véritable entrave à la réussite de la lutte des classes, c’est la gauche caviar elle-même : PS, écolos, direction du PCF et de la FI.

Personne n’a de programme alternatif à opposer  à l’ultra libéralisme de Macron, puisque  le programme de la FI, « L’avenir en commun », a été mis au rancart en juin 2017. Personne au sein de la FI ne veut le ressortir.

Voilà pourquoi notre rassemblement, -CNSJS, PRCF, PARDEM, « Insoumis démocrates », LFI, « Les franchement insoumis », le courant interne/externe à la FI « Rupture, Pouvoir aux militants », vient d’élaborer un projet de programme du rassemblement « Le Peuple d’abord », capable d’être la boussole idéologique et politique du peuple mobilisé, joué hier par les programmes « L’avenir en commun », «L’Humain d’abord ».

4°)-Quelles sont les mesures indispensables qui devraient être prises demain dans le cadre d’un changement de pouvoir ?

Dans notre projet de programme du Rassemblement « Le Peuple d’abord », nous appelons à la création d’un pouvoir populaire à même de répondre aux aspirations de justice sociale formulées par le mouvement social du 05 décembre, et du mouvement des Gilets Jaunes.

4-1)-Nationalisations, réformes de structures, où Bruxelles ne nous imposera plus sa politique ultra-libérale mortifère : exemples : loi Khomri, actuel projet de loi de réforme des retraites. Ce qui passe notamment par la sortie unilatérale de la France de la zone euro en plan A.

4-2)-Fin des inégalités abyssales subies par la masse des français : en France, on est passe d’un écart des revenus de 1 à 20 dans les années 60 à un écart de 1 à 400 aujourd’hui (chiffres Martine Orange). Nous proposons de revenir à un écart des salaires de 1 à 5, et un écart des revenus de 1 à 10.

4-3)-Vie décente pour chacun, ce qui suppose d’abord une revalorisation générale et substantielle de tous les petits et moyens salaires. Ainsi qu’un plan de relance keynésien de nature à créer des centaines de milliers d’emplois. La création de deux millions d’emplois en CDI dans le secteur associatif. Abolir la misère, notamment en doublant le montant des minima sociaux.

4-4)-Maîtrise collective et à la base des choix de production et de consommation : RIC, conseils citoyens, droit de véto donne à chaque comité d’entreprise, afin de contrecarrer le plan social de l’employeur.

5°)-Comment sauver ce qui peut l’être et rétablir ce qui doit l’être, tant sur le plan social que démocratique, qui fonde la république sociale ?

5-1°)- Sur le plan social, on crée les possibilités d’une vie décente pour chacun, comme expliqué dans le plan de transition.

5.2°)- Sur le plan démocratique : notre projet de programme préconise  de mettre fin à la démocratie représentative, avec des professionnels de la politique vivant « par » et « pour » la politique. On met fin aussi au dispositif de financement de la vie politique, permettant de « surveiller » leurs choix politiques contre de l’argent.A la place, on organise une maitrise collective et à la base des choix de vie et de travail de chacun. On crée des contre-pouvoirs à la base.

Sera rétabli le strict respect des Libertés Publiques constitutionnellement reconnues, notamment la liberté totale de manifester et de faire grève. 

Le respect de la laïcité sera une priorité: la laïcité est non seulement le principe juridique de la reconnaissance de la liberté de conscience  et de culte de chacun, mais aussi le principe politique de la séparation du pouvoir politique et de la religion. 

6°)-Serais-tu partisan de t’engager dans l’organisation d’« États généraux de la République » nationalement et localement pour faire le point et prendre les décisions qui permettraient d’agir ensemble, tout en permettant à chacun de garder ses spécificités.

OUI. On est tout à fait d’accord pour participer à toute initiative permettant de sortir du statu quo politique actuel. Mais à condition de ne pas en rester aux seuls « alternatives concrètes », émergeant ex nihilo des assemblées citoyennes nationales et locales. Il faut un « liant » entre chaque point de la « base », c’est-à-dire des propositions de rupture avec le capitalisme mortifère. Comme dit  Alain Badiou : « Le seul moyen d’obtenir un résultat « historique », c’est d’élaborer un corps d’idées commun,de nature à perturber les lois du monde capitaliste », (cfFrance culture, janvier 2009). Voilà pourquoi les militants du « Peuple d’abord » se battent aussi, pour rédiger une nouvelle proposition politique,véritablement alternative au capitalisme.

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