Entretien avec Bertrand Renouvin

Bertrand Renouvin est un membre fondateur et actif du Collectif National pour la Souveraineté et la Justice Sociale. On trouvera ci dessous ses premières réponses aux questions que nous avons posées à plusieurs militants qui partagent le combat et le souci du CNSJS.

  • Comment apprécies-tu l’état dans lequel se trouve la République, son évolution depuis deux années de pouvoir macronien notamment sur les plans politique, social, démocratique? 

Nous ne sommes plus en République – au sens du gouvernement selon l’intérêt général – mais dans une gouvernance oligarchique qui a atteint avec Emmanuel Macron un point extrême de centralisation du pouvoir à l’Elysée. LREM n’est qu’un « parti-entreprise » créé par l’équipe de la présidentielle pour voter à l’Assemblée les projets de loi. Les avantages fiscaux donnés aux riches et le lien consubstantiel avec les milieux affairistes ont aggravé les inégalités et conforté le capitalisme financier.

  • Quelle analyse fais-tu du mouvement de grève qui vient d’agiter la France? Comment apprécies-tu la mobilisation comme celle des GJ?

 La révolte inattendue des Gilets jaunes a révélé à l’ensemble du pays les difficultés et les souffrances croissantes des très nombreux Français qui vivent dans la France périphérique. Brutalement réprimées, les manifestations ont montré que l’oligarchie pouvait lâcher des milliards dans la panique et que la lutte sociale n’était pas nécessairement promise à la défaite. Le mouvement de grève en cours frappe par son ampleur, sa durée et son extension à des professions qui sont hors de la tradition syndicale – notamment les avocats. L’hôpital public est un point de tension extrême qui mobilise l’ensemble des agents de la fonction publique hospitalière. Le point commun à tous ceux qui se mobilisent, y compris pour des motifs corporatistes, c’est l’hostilité à l’ultralibéralisme.

  • Quel est à ton avis le point de départ de la crise républicaine? Hollande, Sarkozy, etc. ? Comment expliques-tu que l’alternance n’a rien changé et que la situation s’est toujours aggravée? 

L’oligarchie s’est installée sous la présidence de Jacques Chirac : elle a créé avec le « passage à l’euro » un système de contrainte sociale très efficace puis elle a nié sous la présidence de Nicolas Sarkozy le résultat du référendum de 2005. Complices dans l’installation du système euro et dans le déni de démocratie commis en 2007, les fractions de droite et de gauche se sont réunies sous l’égide d’Emmanuel Macron.

  • Quelles sont les mesures indispensables qui devraient être prises demain dans le cadre d’un changement de pouvoir? 

D’abord la sortie du système euro avec établissement immédiat du contrôle des mouvements de capitaux. Nationalisation du crédit et des secteurs clés. Protection tarifaire et non-tarifaire des secteurs économiques sensibles. Puis politique d’investissements publics, nouvelle politique de redistribution du revenu national par forte progressivité de l’impôt sur le revenu et hausse massive des bas salaires – directs et différés-socialisés. Sur le plan extérieur, sortie du commandement intégré de l’Otan et négociation avec tous les Etats du continent européen dans une optique confédérale. Autrement dit, réactiver notre souveraineté monétaire, commerciale, budgétaire, militaire.

  • Comment sauver ce qui peut l’être et rétablir ce qui doit l’être, tant sur le plan social que démocratique, qui fonde la république sociale? 

Il faut d’abord sauver la Sécurité sociale avec pour objectif de relancer le plan français de Sécurité sociale qui a été seulement esquissé à la Libération. Quant aux institutions politiques, je m‘exprimerai plus longuement sur le site du CNSJS. 

Bertrand Renouvin

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